—Tout va bien.

Elle avait dû se contenter de cette assurance verbale et y puiser la patience et le courage. Il lui semblait cependant qu'autour d'elle les conditions de son existence de captive se modifiaient. Les officiers municipaux chargés de la surveiller ne se montraient plus tous, au même degré, malveillants et soupçonneux. Il en était même trois qui saisissaient toutes les occasions de manifester leur respect. Les jours où leur service les réunissait autour de la reine étaient des jours presque heureux qu'elle aurait pu marquer d'une pierre blanche, tant ils lui donnaient la sensation d'un courant d'ardente sympathie en train de se créer autour d'elle.

Les gardes nationaux eux-mêmes affectaient des allures compatissantes. Le gardien chargé de veiller à la propreté des chambres qu'elle occupait, ayant, à diverses reprises, manqué d'égards, on le renvoya, sans qu'elle en eût fait la demande. Son remplaçant se montra respectueux et empressé. Un jour, comme il venait de servir le dîner, la reine ayant rompu son pain, en vit tomber sur son assiette un crayon. Le lendemain, elle reçut sous une forme analogue du papier et de la cire à cacheter. Elle ne jugea pas prudent de s'en servir, ni d'écrire au dehors, mais elle eut ainsi la preuve que quelqu'un travaillait pour elle et que l'évasion se préparait.

Enfin la certitude lui en fut donnée. Un soir, au moment de se mettre au lit, elle aperçut Grignan debout devant sa porte. Quoiqu'elle l'attendît, elle resta saisie. Quant à lui, sans émotion apparente, il lui jeta de brèves paroles.

—Le moment est venu. Demain matin, à 9 heures. Votre Majesté en saura plus long.

Elle dut se contenter de cet avertissement et se résigna. Mais, durant toute la nuit, il la tint éveillée. De bonne heure, elle fut debout. Le factionnaire de garde à ce moment lui était inconnu. Mais, à 9 heures, on vint le relever et ce fut Grignan qui le remplaça. En même temps entra l'officier municipal chargé de l'inspection quotidienne. Son inspection fut sommaire. Au bout de quelques minutes, il s'éloigna pour aller rédiger le rapport qu'on envoyait chaque matin à la section.

À ce moment, à l'entrée du Temple, se présentait un petit mitron, portant sur sa tête une corbeille couverte d'un linge blanc. Un homme qui, de loin, l'avait suivi jusque-là, se retira après l'avoir vu disparaître sous la voûte où se trouvait la loge du portier. Par une circonstance bizarre, le portier venait de s'absenter. Un garde national occupait sa place.

—Où vas-tu, petit? dit-il à l'enfant.

—J'apporte le pain de la famille Capet, répondit ce dernier. Mon patron m'a envoyé parce que mon oncle, le citoyen Grignan, est de garde aujourd'hui et qu'il sait que ça me fera plaisir de le voir.

—Alors, monte, répliqua le garde national, en quittant la loge pour ouvrir la lourde porte de fer au delà de laquelle se trouvait l'escalier.