—J'aurai la patience et la confiance, soupira la reine.

—À bientôt donc, Madame, dit Grignan en s'inclinant au moment de se retirer.

Mais d'un geste, Marie-Antoinette l'arrêta.

—Je ne sais comment reconnaître ce que vous faites pour nous. Monsieur, dit-elle d'un accent où se révélaient les sentiments de reconnaissance qui gonflaient son coeur. Je ne puis même vous prier d'accepter un souvenir de quelque prix. On m'a dépouillée de tout; on ne m'a rien laissé, fit-elle en jetant un regard de regret sur sa pauvre robe de veuve sans ornements, et la reine de France ne peut vous offrir qu'une fleur, celle que vous lui avez donnée ce matin. La voulez-vous, Monsieur? Elle est flétrie; mais durant quelques heures, je l'ai portée…

Et elle tendait à Grignan l'oeillet penché sur sa tige, qu'elle venait de prendre dans son corsage, où elle l'avait caché. Grignan chancela comme s'il eût été frappé d'un coup. Un sanglot s'échappa de sa gorge, et, tombant à genoux, il reçut la fleur dans ses doigts tremblants, tandis qu'il touchait de ses lèvres la main amaigrie et pâle qui la lui offrait.

—Oh! Madame, bégaya-t-il…

Il ne trouvait plus les mots qu'il voulait prononcer. Enfin, il murmura:

—Je serais heureux de mourir pour Votre Majesté.

—Relevez-vous, Monsieur, fit vivement la reine, on vient.

Depuis ce jour, un mois, s'était écoulé et la reine n'entendait plus parler de ce projet de fuite. Une seule fois Grignan reparut devant elle, étant de garde à l'entrée de sa prison, mais sans pouvoir lui parler. Ce n'est qu'à force de ruse et d'habileté qu'il était parvenu à lui glisser ces trois mots: