En prononçant ces mots, sa voix virile et dure s'était attendrie. Elle se baissa pour embrasser l'enfant qui se suspendit à son cou en disant d'un accent d'effroi:
—Est-ce que vous me quittez, bonne amie?
—Non, certes, se hâta de répondre la chanoinesse. Je sortirai tout à l'heure, mais, je reviendrai. En attendant, tu joueras avec ton ami Bernard. Où est-il, Bernard? ajouta-t-elle en s'adressant à Valleroy.
Celui-ci fit un signe à Rose qui s'éloigna aussitôt. Alors il se rapprocha de la chanoinesse, et, après s'être assuré que Nina ne pouvait l'entendre, il dit:
—Madame, par pitié, réfléchissez avant de donner suite à vos projets. Vous avez parlé d'aller trouver Robespierre. Autant vous jeter dans la gueule du loup!
—Je me suis toujours montrée bonne patriote, répliqua Mme de Jussac, et j'ai le droit de vivre libre dans ma maison. Qu'on m'y protège ou je m'y défendrai contre ceux qui viennent en troubler la paix. C'est tout ce que je veux dire à Robespierre. Il doit m'écouter et m'écoutera quand je lui rappellerai que mon frère a versé son sang pour la République.
—Robespierre est jacobin, Madame, et auprès de lui la voix des jacobins de Compiègne sera plus puissante et plus écoutée que la vôtre.
—Tant pis pour lui, alors, reprit l'intraitable chanoinesse. Quant à moi, tant qu'il me restera un souffle, je réclamerai la liberté d'exercer tous mes droits.
L'entretien fut interrompu. Rose revenait et ramenait Bernard qu'elle était allée chercher dans la cellule du P. David. Nina, en l'apercevant, courut à lui, le rire aux lèvres, et ils s'embrassèrent avec effusion.
—Petite Nina, je ne m'attendais guère à te voir aujourd'hui, disait
Bernard à travers les baisers.