—Moi, je savais que je te verrais. Quand, ce matin, nous sommes montées en voiture avec bonne amie, elle m'a dit que c'était pour venir te retrouver.

Laissant un moment sa petite camarade, Bernard alla saluer gravement la chanoinesse. D'un brusque mouvement, elle l'attira sur son coeur, en témoignage du plaisir qu'elle avait à le revoir. Mais lorsqu'après un échange de tendres propos, il voulut s'informer des motifs de ce voyage impromptu, ce fut Valleroy qui répondit:

—Tu les connaîtras plus tard, mon garçon, dit-il. À cette heure, je dois te demander d'emmener Nina dans le jardin et de jouer avec elle jusqu'à ce que j'aille vous rejoindre.

Bernard le regarda, comprenant qu'il y avait du nouveau. Mais il se garda d'interroger, et, sans mot dire, il entraîna sa petite amie qui le suivit toute joyeuse.

—Maintenant, je peux partir sans faire verser des larmes, observa la chanoinesse. À bientôt, je l'espère, Valleroy. Au revoir, ma bonne Rose.

Elle se dirigeait vers la porte. Alors seulement Valleroy vit la vieille berline qui stationnait dans la rue.

—Vous êtes venue de Compiègne dans cet équipage? s'écria-t-il. Et on ne vous a pas arrêtée en route?

—Au contraire, on m'a arrêtée plusieurs fois. Mais il m'a suffi de montrer mes passeports pour circuler librement. À l'entrée de Paris, on me les a redemandés, on les a visés… J'ai bien aperçu des gens de méchante mine qui se retournaient pour nous voir. Mais, en somme, je suis arrivée ici sans encombre.

—C'est extraordinaire, Madame, et providentiel le hasard qui vous a protégée! Se promener dans une voiture pareille est le plus souvent un crime. C'est déjà grave qu'elle ait stationné devant le ci-devant hôtel de Malincourt, et si cela se renouvelait, il y aurait de quoi nous compromettre tous.

—Je ne peux cependant aller à pied dans Paris.