Il y avait déjà huit jours qu'il était entré au Luxembourg quand, un matin, il fut appelé chez le directeur de la prison. Il s'y rendit aussitôt et y trouva Joseph Moulette venu pour le voir. Sur l'ordre du citoyen président, le directeur, très humble devant lui, les laissa seuls dans son cabinet.

—Eh bien, où en sommes-nous? demanda le secrétaire de Fouquier-Tinville. Crois-tu que ta ci-devant chanoinesse déliera sa langue et te confessera l'endroit où elle cache son trésor?

—Je le crois, répondit Valleroy. Mais il ne faut pas lui manifester d'impatience. Nous nous exposerions à tout gâter. Elle est défiante, la vieille! Il faudra des ruses et du temps pour lui arracher son secret. Elle m'a bien avoué que le trésor, existe, mais elle ne semble pas encore disposée à dire où elle le détient.

—Il est dommage que Capet, quand il régnait, ait aboli la torture, fit observer Joseph Moulette. Nous aurions obligé ta chanoinesse à parler.

—Oui, mais nous n'avons plus la torture à notre service!

—Ce qu'elle nous eût donné en quelques minutes, combien te faudra-t-il de temps pour l'obtenir?

—Six semaines ou deux mois, répliqua Valleroy, peut-être davantage.

Le citoyen président bondit.

—Mais il sera impossible de résister durant si longtemps aux démarches de la Société des jacobins de Compiègne!

—Elle est donc bien pressée de voir couper le cou à la ci-devant
Jussac?