—Gardons-nous-en bien, répliqua Valleroy. La secousse serait trop violente pour son coeur et son émotion aussi funeste pour elle que dangereuse pour nous. Je trouverai une occasion meilleure de l'avertir que je suis près d'elle. Éloigne-toi, Bernard; ne songe qu'au message que je t'ai confié. Demain, tu en sauras plus long sur la tante Isabelle. Quelque excitée que fût sa curiosité, Bernard se résigna à obéir. Il sortit et se dirigea vers le Palais de Justice, ayant hâte de s'acquitter des commissions dont l'avait chargé Valleroy. Peu d'instants après, il était en présence de Joseph Moulette. Quoiqu'il se fût rencontré une fois avec lui, l'année précédente, au café des Trois-Couronnes à Coblentz, il ne se souvenait pas de l'avoir vu, et quand on l'introduisit auprès du secrétaire de Fouquier-Tinville, auprès de ce personnage malfaisant, cause première de ses malheurs, il était aussi ému, aussi troublé que s'il fût entré dans la cage d'une bête fauve.

—Qui es-tu, petit, et que veux-tu? lui demanda Joseph Moulette.

—Je suis Bernard, neveu de Valleroy, citoyen. Il m'envoie auprès de toi, d'abord pour que tu me conduises chez l'accusateur public à qui je dois remettre un rapport secret; ensuite, pour que tu me communiques les instructions ou les ordres que tu aurais à lui faire parvenir.

—Mais, toi-même, n'as-tu aucune communication à me faire de sa part?

—Une communication très brève. Les choses qui t'intéressent marchent à souhait.

—Es-tu au courant de ces choses?

—Mon oncle a confiance en moi et ne me cache rien.

—Tu sais alors que tu ne dois me répéter ce qu'il te confie que lorsque nous sommes seuls…

—Je le sais, répondit Bernard.

—Si nos accords étaient découverts, continua Joseph Moulette, notre tête à tous trois aurait cessé d'être solide sur nos épaules. Maintenant que te voilà prévenu, je vais avertir Fouquier-Tinville de ta présence.