—Heureusement, tu pourras lui livrer celui d'Isabelle Lebrun qu'il t'a réclamé aussi, observa Bernard.
—Oh! celui-là, il l'aura dans trois jours et beaucoup d'autres en même temps. C'est un loup affamé, ce Fouquier-Tinville, ajouta Joseph Moulette en souriant ironiquement; il faut tromper sa faim.
Pressé de revoir Valleroy et de lui révéler les détails de son entrevue avec l'accusateur public, Bernard n'eut pas la patience d'attendre jusqu'au lendemain. Dans l'après-midi, il retourna à la prison du Luxembourg dont les grilles, sur le vu du sauf-conduit qui lui avait été délivré le matin, s'ouvrirent devant lui. Libre de circuler à travers les bâtiments, il se mit à la recherche de Valleroy et finit par le découvrir dans un corridor, non loin de la cellule où était enfermée la chanoinesse de Jussac.
—Toi, encore! s'écria Valleroy. Qu'arrive-t-il?
—Il arrive qu'à moins d'un miracle, tante Isabelle est perdue et que
Mme de Jussac le sera bientôt.
Et Bernard répéta à son ami les paroles de Fouquier-Tinville.
—Joseph Moulette, excité par sa cupidité, ajouta-t-il, trouvera moyen de retarder la comparution de la chanoinesse devant le tribunal. Mais, n'ayant pas de motifs pour déployer les mêmes efforts en faveur de tante Isabelle, il va se hâter de préparer son dossier. Il le livrera, et, alors, c'est la mort.
—Il ne faut pas qu'il le livre, s'écria Valleroy.
—Comment l'en empêcher?
—Tu lui diras qu'Isabelle Lebrun est une ancienne amie de la chanoinesse, que je les ai mises dans la même cellule, qu'avant peu, rapprochées par la communauté de leur sort, elles n'auront plus de secrets l'une pour l'autre et que tout ce qui aura été confié par celle-ci à celle-là, je le saurai; que je suis sûr en conséquence de connaître bientôt le secret de Mme de Jussac, mais à la condition que les jours d'Isabelle Lebrun soient prolongés. Si elle meurt, je ne réponds de rien.