Cependant, il fallait feindre encore, et, poursuivant son rôle, il dit avec aplomb:
—Merci pour ta bienveillance, citoyen. Je saurai m'en montrer digne.
Il salua fièrement et sortit, tandis que Fouquier-Tinville se hâtait de se rendre à l'audience du tribunal, qui allait s'ouvrir à quelques pas de là. Joseph Moulette, très humilié de n'avoir pu assister à l'entretien, en attendait la fin avec impatience. Dès qu'il vit Bernard, il courut à lui:
—Que t'a-t-il dit? demanda-t-il.
Mais Bernard, le prenant de haut, répondit d'un ton pénétré.
—Le citoyen accusateur public m'a fait défense de répéter à qui que ce soit les propos qu'il m'a tenus. Sûrement, il t'en fera part. Mais c'est un soin que je suis contraint de lui laisser.
Joseph Moulette n'osa insister, et, quel que fût son dépit, il parvint à le dissimuler.
—La défense qui t'est faite est sacrée pour moi comme pour toi, fit-il.
Garde-toi de l'enfreindre.
—Que devrai-je dire de ta part à mon oncle? reprit Bernard.
—Rien, sinon qu'il se hâte d'agir. Tu as entendu Fouquier-Tinville me réclamer le dossier de la ci-devant Jussac. Il serait fâcheux que ma bonne volonté fût impuissante. Notre opération serait manquée.