Joseph Moulette ne répondit pas sur-le-champ, comme s'il eût voulu se recueillir avant de prendre une décision. Eh attendant qu'il la fit connaître, Valleroy allait et venait de nouveau dans la salle silencieuse, cherchant à dominer son impatience et sa colère, évitant d'arrêter ses regards sur le sinistre coquin que la destinée vengeresse venait de lui livrer. En se montrant généreux, il croyait n'avoir rien à redouter de lui. Il ne le considérait plus que comme une bête venimeuse mise à jamais dans, l'impossibilité de mordre. Mais, s'il l'eût observé, il aurait bien vite compris que le drôle ne se jugeait pas ainsi, et que, loin de se croire désarmé, il ruminait déjà quelque vengeance, car sur sa face blêmie revenait l'expression sournoise qui lui était habituelle.

—Es-tu décidé? demanda brutalement Valleroy lassé d'attendre.

—Je reste et je me fie à ta générosité, supplia d'un ton très humble
Joseph Moulette.

Chourlot attendait dans une pièce voisine la fin de cet entretien.
Valleroy l'appela.

—Voici un homme que je te confie, lui dit-il, en désignant le citoyen président. C'est un proscrit. À ce titre, et puisqu'il est venu chercher près de nous un refuge, nous lui devons secours. Cette nuit, il couchera près de toi, dans les communs. Demain, nous aviserons à le mieux installer.

—Suivez-moi, Monsieur, répondit Chourlot.

Joseph Moulette balbutia un remerciement. Puis il sortit; la tête basse, derrière le vieux paysan, à la garde duquel Valleroy venait de le remettre, et ce dernier s'empressa de rejoindre sa femme et ses amis. Nina dormait. Mais Bernard n'avait pas voulu se coucher sans revoir Valleroy. Il veillait avec tante Isabelle et le P. David.

—Que s'est-il passé? demanda-t-il à Valleroy.

—Un événement sans importance. Nous en reparlerons:

Ce soir-là, Valleroy ne voulut rien dire de plus. Mais, le lendemain, il confessa à Bernard toute la vérité.