—Je vous l'avais bien dit, que ce coquin nous jouerait un vilain tour! objecta Chourlot. Vous vous êtes montré généreux envers lui. Il en a profité pour nous nuire.

—Je que j'ai fait, je le ferais encore, si c'était à recommencer, répliqua Valleroy. Je ne suis pas un assassin et je n'avais pas le droit de me faire justicier. Les récriminations d'ailleurs sont maintenant inutiles, et nous ne devons songer qu'à nous tirer de la situation où nous sommes.

—Que dois-je faire? demanda Chourlot.

—Tu vas servir aux citoyens du vin, du pain, de la viande froide, des fruits, ce que tu trouveras à l'office, du vin surtout. Tu en feras autant pour leur postillon, à qui tu promettras de prendre soin de ses chevaux, et pour les deux gendarmes que tu installeras avec lui dans la cuisine. Puis, quand tu les verras attablés, tu monteras sur le siège de leur voiture et tu la conduiras au bas du parc. Une fois là, tu attendras M. le chevalier. Il ne tardera pas à te rejoindre avec ma femme et Nina, et tous trois partiront pour une destination que je leur aurai indiquée. Quand ils seront partis, tu viendras me le dire.

—Mais, vous, Monsieur Valleroy?

—Ne t'inquiète pas de moi. Je filerai quand il en sera temps. Après notre départ, et si notre absence devait se prolonger, tu demeureras ici et, quoi qu'il arrive, tu laisseras faire sans protester. Si même il faut feindre de nous oublier et de nous trahir tu feindras. M'as-tu compris?

—Je vous ai compris. Mais que redoutez-vous donc?

—La vengeance de Joseph Moulette, et je veux la déjouer.

Tu vois que j'ai besoin de compter sur ton activité, sur ta présence d'esprit pour exécuter mes ordres. Il faut que, dans une demi-heure, M. le chevalier ne soit plus à Saint-Baslemont.

—Je cours, je cours, répondit Chourlot. Seulement, si, au lieu de prendre la voiture des délégués, vous preniez une des nôtres?