—Où veux-tu en venir, citoyen président?
—A ceci, c'est que la restitution prononcée au profit du ci-devant chevalier de Malincourt, n'ayant été obtenue que par un subterfuge coupable, elle est nulle en fait et en droit; qu'en conséquence, ce château n'a pas cessé d'appartenir à la nation, et que c'est faussement que le ci-devant chevalier s'en prétend propriétaire. Il le prétend sans droit et c'est sans droit aussi qu'il l'habite et que tu l'habites avec lui. Tu ne seras donc pas surpris si les citoyens délégués vous signifient à tous deux un arrêté d'expulsion.
—Un arrêté d'expulsion! Pris par qui?
—Par le Comité de sûreté générale, qui l'a transmis au district d'Epinal avec l'ordre de l'exécuter. Injonction vous est faite à ton prétendu maître et à toi de vider les lieux. Et pour que tu n'en ignores, voici l'arrêté.
Joseph Moulette tira d'une des poches de son habit une liasse de papiers et de cette liasse une feuille, couverte d'écriture qu'il brandit triomphalement.
—Est-ce tout? demanda Valleroy.
—Ce n'est pas tout, reprit Joseph Moulette. Écoute encore. Le château appartenant à la nation, elle avait le droit de le vendre. Elle l'a vendu, et c'est moi qui en ai été l'acquéreur. Voici l'arrêté de mise en vente et l'acte qui me déclare propriétaire au lieu et place de la nation. Tu verras que je suis ici chez moi.
Il tira deux autres feuilles de sa liasse de papiers et les présenta à
Valleroy.
—Est-ce tout? répéta Valleroy.
—Non, ce n'est pas tout. Mais ce qui reste à dire doit être dit par le représentant de la loi. Parle citoyen délégué.