Durant cette scène, le citoyen délégué, un moment perdu dans les brouillards du vin, s'était retrouvé et ressaisi. Il se leva et dit à Valleroy:

—J'ai l'ordre de procéder à ton arrestation, citoyen, et à celle du ci-devant chevalier. Voici les mandats, ajouta-t-il, en désignant deux autres feuilles que Joseph Moulette agitait en souriant haineusement.

—Et quand nous serons arrêtés, que fera-t-on de nous?

—Vous serez conduits à Epinal et incarcérés pour être soumis aux formalités judiciaires.

Valleroy était un peu pâle. Mais son attitude comme sa voix marquait qu'il conservait toute sa présence d'esprit. Soudain, son visage s'éclaira d'un sourire. Par la croisée, il venait d'apercevoir Chourlot, dont le retour lui annonçait que Bernard était en sûreté.

—Je proteste contre les infamies que vous venez de débiter, dit-il avec gravité. Je ne souscris ni à l'arrêté d'expulsion, ni à l'arrêté qui dépouille mon maître au profit d'un coquin. Libre à toi, Joseph Moulette, de nous chasser d'ici et de t'y mettre à notre place. Tu n'y resteras pas longtemps, car, si tu viens de Paris, moi j'irai et j'obtiendrai justice.

—Pour aller à Paris, il faut être libre. Tu oublies que tu es décrété d'arrestation, fit Joseph Moulette en ricanant.

—Est-ce toi qui m'arrêteras? demanda Valleroy.

—Je suis ici à cet effet. Je t'arrêterai, j'arrêterai ton chevalier, celui que tu appelais ton neveu!

—Pour ce qui est de lui, je t'en défie.