—Alors, je suis à vos ordres, fit Chourlot. Je vais quérir une lanterne.

Il s'éloigna pour revenir bientôt.

—Passe devant et guide-moi, lui dit le citoyen président; je te suivrai.

Chourlot obéit. À l'extrémité d'un corridor qui traversait le château dans sa largeur, il ouvrit une porte massive. Elle laissa voir les premières marches d'un escalier descendant dans les caves. Il s'y engagea lentement, afin d'éclairer la marche de Joseph Moulette. Au bas de cet escalier, commençait un autre corridor à droite et à gauche duquel se voyaient des portes basses. Il en poussa une et introduisit Joseph Moulette dans une vaste pièce autour de laquelle étaient rangées des bouteilles de vin.

Au milieu de cette pièce, se servant d'une pelle qu'il prit dans un coin, il gratta le sol au niveau duquel la terre rejetée à droite et à gauche découvrit une large dalle blanche. La dalle soulevée, apparut un nouvel escalier plus étroit que le premier et qu'il se mit à descendre. Bientôt, les deux hommes se trouvèrent dans un caveau voûté aux murs enduits de ciment.

C'est là que, dans de nombreux coffres de toutes tailles, étaient cachées les richesses du château de Saint-Baslemont. Pressé de savoir ce qu'ils contenaient, Joseph Moulette soulevait les couvercles et les laissait aussitôt retomber ébloui par la vision rapide qui frappait ses regards: couverts et plats d'argent, aiguières en cristal montées en or, pendules artistiques, flambeaux ciselés, coffrets, flacons, écrins sur le velours desquels s'étalaient des parures précieuses. Christs en ivoire, reliquaires, tout un trésor d'un prix inestimable qui dormait depuis plusieurs années, en attendant qu'on le remît en lumière. Puis, c'étaient des tableaux de maîtres et des portraits de famille, rangés dans des coins, des glaces de Venise avec des cadres en bois sculpté et doré, des meubles de grand prix, des tentures et des tapis roulés, tout ce qui formait, en d'autres temps, la splendeur et le luxe du château de Saint-Baslemont.

Bien qu'il s'efforçât de rester impassible à la vue de ces richesses, maintenant devenues siennes, elles déchaînaient dans l'âme de Joseph Moulette d'ardentes cupidités. Sous la lueur rougeâtre de la lanterne que soulevait Chourlot, les mains du citoyen président les effleuraient, toutes tremblantes. Et si violente était son émotion, qu'il ne trouvait pas un mot à dire pour exprimer le mépris qu'en sa qualité de bon patriote il aurait voulu feindre.

—Vous voyez, citoyen, que ce n'est pas en quelques heures qu'on pourrait procéder à l'inventaire de ces trésors.

—Je commencerai demain, répondit Joseph Moulette. Remontons, maintenant.

Soudain, ses doigts heurtèrent un coffret revêtu de cuir noir. Il le tira à lui, non sans peine, car ce coffret était très lourd. Mais quand il voulut l'ouvrir, le couvercle résista.