—Le citoyen a-t-il des ordres à me donner? demanda ce dernier.

Au lieu de répondre à cette question, Joseph Moulette se jeta dans un fauteuil, et, regardant Chourlot bien en face, il lui dit:

—Tu m'as avoué, hier, que tu étais las d'être l'esclave des aristocrates et que tu serais heureux de te dévouer à mon service. Est-ce bien vrai?

—Je ne mens pas, répondit hypocritement Chourlot.

—Alors, quoi que je te demande, tu le feras?

—Je le ferai.

—Eh bien, je te prends au mot. Je désire, sans attendre jusqu'à demain, me rendre compte, dès ce soir, de la valeur des richesses que le ci-devant comte de Malincourt fit enfouir autrefois dans les souterrains du château. Prends une lanterne et conduis-moi dans ces souterrains. Nous examinerons ensemble les objets qu'ils renferment.

Chourlot tressaillit, et son visage exprima le sentiment de révolte qui s'emparait de lui. Mais, presque du même coup, il se domina. Son regard, où avait passé une flamme, s'éteignit, et ce fut très calme qu'il répondit:

—Ce n'est pas en quelques heures, citoyen, que vous pourrez procéder à cet examen. Il y faudra plusieurs journées, et, si vous m'en croyez, vous remettrez à demain cette longue besogne.

—Je ne remets jamais au lendemain ce que je peux faire la veille, répliqua Joseph Moulette. J'ai hâte de savoir si, en achetant le château de Saint-Baslemont, mes associés et moi avons fait urne opération lucrative. Il me suffira d'un coup d'oeil pour m'en rendre compte.