—Et maintenant, lui dit-il, qu'allez-vous faire à Paris?
—Nous allons demander justice contre le citoyen Joseph Moulette.
—Justice contre un jacobin! Et à qui la demanderez-vous, grand Dieu!
—Au gouvernement de la République.
—Vous ne savez donc pas ce qui se passe? Vous ignorez donc que les
Jacobins sont en train de redevenir les maîtres de la France?
—J'ai cru qu'ils tentaient de reconquérir leur ancien pouvoir. La criminelle conduite de Joseph Moulette envers Bernard nous a fourni la preuve de leurs efforts. Mais je ne pensais pas que ces efforts eussent réussi.
—Rien n'est plus vrai pourtant, reprit M. d'Épernon. C'est l'esprit jacobin qui de nouveau règne en France. Les pouvoirs de la Convention touchent à leur fin. Encore quelques semaines, cette assemblée néfaste n'existera plus et la Constitution qu'elle a votée sera mise en pratique. Nous aurons une assemblée nouvelle, un gouvernement nouveau, mais les principes resteront les mêmes. On prêchera encore au peuple la haine des nobles et des prêtres, et comme par le passé, on nous persécutera. La persécution est déjà commencée, et j'en suis, comme vous, la victime. Les royalistes ont un moment espéré de rétablir la monarchie. Mais cet espoir est détruit. Nous avons, été vaincus.
—Vaincus sans combat? demanda Valleroy.
—Après un combat opiniâtre au contraire. Aujourd'hui même, le peuple de Paris, que nous avions travaillé depuis le 9 thermidor, s'est soulevé. Les sections en armes ont marché contre la Convention pour l'abattre. Nous espérions, à la faveur de ce mouvement, nous rendre maîtres du pouvoir et préparer le retour du roi. Mais la Convention s'était mise en état de nous résister. Elle avait confié à Barras, l'un de ses membres, le soin de sa défense. Ce dernier avait investi du commandement militaire un jeune général nommé Bonaparte, qu'on dit homme d'énergie et qui nous a prouvé ce qu'il vaut.
—Il a déjà combattu à Toulon et en Italie, observa Bernard.