De nouveau M. d'Épernon hésitait.
—Qu'avez-vous appris? Par grâce, Monsieur!…
—J'ai appris qu'il avait pris du service dans l'armée autrichienne!
—Lui! mon frère le vicomte de Malincourt? Un Français dans les rangs des ennemis de la France!
Bernard était devenu très pâle et des larmes brillaient dans ses yeux.
—Malheureusement, il n'est pas le seul, reprit tristement M. d'Épernon. Que d'émigrés, étreints par la nécessité, se sont engagés dans les troupes étrangères! C'était une question de vie et de mort, et votre frère…
—C'est bien, Monsieur, c'est bien, ne parlons plus de lui, interrompit vivement Bernard.
Et changeant de ton, il ajouta:
—Voulez-vous saluer tante Isabelle?
Elle venait à la rencontre de M. d'Épernon, l'ayant, elle aussi, reconnu. Valleroy la suivait, souriant, exprimant sa surprise. Quelques instants après, assis tous ensemble à la même table, ils se confiaient les circonstances à la suite desquelles ils venaient de se retrouver. Valleroy parla le premier; il révéla au vieux gentilhomme les émouvantes aventures survenues depuis deux ans: l'arrivée de Bernard à Paris la mort de son père et de sa mère, l'échec du complot ourdi pour sauver la reine, l'exécution de Guilleragues, de Morfontaine et de Grignan. Le vidame d'Épernon ignorait la plupart de ces événements. Il n'en connaissait même qu'un seul, la tragique fin de son neveu et de ses deux complices. Après avoir donné de nouveaux regrets à leur mémoire, il interrogea Valleroy.