—Pourquoi se dissimuler la vérité? Avec l'uniforme que tu portes, tu dois avoir le courage de la regarder en face, et la vérité, c'est que je suis flambé.

—Non, non, s'écria Bernard, nous vous guérirons. Armand secoua la tête en se frappant le coeur comme pour marquer que le mal avait son siège là, et qu'il était incurable. Puis, pour détourner l'entretien, il ajouta en souriant:

—Tu ne m'as rien dit de ta petite amie Nina?

—Elle est auprès de Valleroy avec tante Isabelle, répondit Bernard qui s'efforçait, lui aussi, de sourire pour cacher sa douleur. En épousant tante Isabelle, Valleroy a adopté l'enfant.

—Valleroy, marié! Puisse-t-il être heureux… Et la fillette aime-t-elle toujours son chevalier?

—Tout autant que son chevalier la chérit.

Il y eut un silence; puis Armand reprit, moitié sérieux, moitié plaisant:

—Je me figure qu'un jour, dans quelques années, cette petite Nina sera une charmante châtelaine pour Saint-Baslemont, et une aimable compagnie pour Bernard de Malincourt.

Les joues pâlies de Bernard se teignirent d'une légère rougeur.

—Vous vous fatiguez à parler, Armand, dit-il.