—Si vous saviez, mère chérie, combien je suis malheureux quand vous pleurez, vous ne pleureriez plus!

Ce reproche affectueux; la rend à elle-même. Elle prend à deux mains la tête de l'enfant, et, l'embrassant passionnément, elle soupire:

—Pardonnez-moi, mon fils. Je voudrais vous offrir toujours un visage souriant. Mais la poussée de mes pleurs est plus forte que ma volonté. Je songe aux malheurs publics, aux malheurs privés, aux nôtres…

—Vous disiez cependant, ma mère, qu'il fallait avoir confiance?

—Oh! je l'ai eue, je l'ai eue longtemps. Même lorsque, l'an dernier, votre frère est parti pour aller rejoindre à Coblentz nos seigneurs les princes, frères du roi, elle ne m'a pas abandonnée. Mais, depuis, tant de catastrophes sont survenues, tant de dangers nous menacent!… Si, du moins, votre père était près de nous…

—Il reviendra, il reviendra bientôt!

—Depuis qu'il est parti, depuis trois mois durant lesquels nous n'avons reçu ni lettres de lui, ni lettres d'Armand, je me suis souvent leurrée du même espoir… Mais on se lasse à la fin!

—Moi, je ne me lasse pas, reprend résolument Bernard. Mon père, vous le savez, a toujours blâmé les émigrés; il a toujours déclaré qu'il ne les imiterait pas, qu'il resterait à Saint-Baslemont, tout prêt à retourner à Paris si le roi faisait appel à son dévouement.

—C'est vrai, dit la comtesse. Quand il est parti pour Coblentz, c'est qu'il voulait voir Armand et mettre un terme à nos inquiétudes. Mais son dessein était de rentrer au plus vite, de reprendre sa place auprès de nous.

—Ayez donc du courage, ma mère. Il fera comme il a dit, et, avant peu, il sera de retour.