—C'est fait, dit-il à son ami, en tendant la main au vidame d'Épernon et au comte de Morfontaine. Tu viens avec nous à Mayence.

Guilleragues lui sauta au cou.

—C'est entre nous à la vie et à la mort, vicomte. Je n'oublierai jamais ce que tu viens de faire pour moi.

—Adresse surtout tes remerciements à Monseigneur, répondit Armand en s'asseyant. Il a été charmant. À peine j'ai eu prononcé ton nom et formulé ton désir qu'il m'a coupé la parole en disant qu'il était très heureux de saisir cette occasion de te prouver l'estime particulière en laquelle il te tient.

—J'irai lui exprimer ma reconnaissance, fit joyeusement Guilleragues, et, dès demain matin, je m'occuperai de mes équipages.

Le vidame souriait à cet enthousiasme, tout en donnant de la main de petits coups secs sur son jabot de dentelle pour en faire tomber quelques grains de tabac qui en tachaient la blancheur.

—Est-ce de moi que vous souriez, mon oncle? lui demanda Guilleragues.

—De vous, non, mon neveu, mais de votre bonheur. Ah! c'est beau, la jeunesse! Et vous voilà tout content de pouvoir faire sauter vos écus.

—Puisque j'accompagne un prince de sang à un sacre impérial, il est tout naturel que je veuille m'y montrer à sa suite dans une tenue digne de lui.

—Oui, certes, et il est très heureux que votre grand-père maternel ait été fermier général et se soit enrichi. Seulement, mon enfant, si j'étais à votre place, je me contenterais des équipages que vous possédez actuellement et qui sont encore en bon état, et, au lieu de me livrer à une dépense au moins inutile, qui ne réjouira que vos fournisseurs, j'en distribuerais le montant entre les camarades moins fortunés que vous.