Le citoyen président bondit.
—Eh! prenez garde, que diable! On peut nous entendre… D'ailleurs, je ne vous comprends pas; je suis voyageur en grains.
—La rue est déserte, observa Valleroy avec flegme. Vous êtes voyageur en grains comme moi voyageur en vins, ce qui est la qualification que je me donne ici.
—Ainsi, vous me connaissez? reprit Joseph Moulette résigné.
—Quand on a eu l'honneur de vous voir et de vous entendre à la tribune des jacobins d'Épinal, on ne peut plus vous oublier. Votre éloquence, la pureté de votre civisme laissent dans le coeur des vrais patriotes des traces ineffaçables.
—Est-ce sincère, ce que vous me dites là? demanda le citoyen président en essayant de dévisager son interlocuteur qu'enveloppait l'ombre du soir. N'est-ce pas plutôt un piège que vous me tendez?
—Un piège! s'écria Valleroy, continuant à mentir avec aplomb pour garder le rôle qu'il avait imaginé. Vous tendre un piège, moi! Dans quel but? Et quel gage faut-il vous donner de ma sincérité?
—Avouez-moi qui vous êtes.
—Qui je suis? Tiburce Valleroy, délégué à Coblentz par la commune de
Paris pour observer les menées des émigrés et lui en rendre compte.
—Un collègue, alors, un observateur comme moi.