—Parbleu, je m'en doutais, pensa Valleroy.

Et tout haut, il reprit:

—Ah! vous aussi, vous êtes délégué…

—Par la commune d'Épinal comme vous par celle de Paris, avoua Joseph
Moulette, mais avec une mission plus restreinte que la vôtre.

—Quelle est-elle, cette mission? continua le faux espion dont la curiosité s'excitait.

—Elle consiste à rechercher si un ci-devant comte de Malincourt, récemment arrêté par mes soins en son château de Saint-Baslemont, dans les Vosges, comme prévenu d'émigration, a séjourné, le mois dernier, à Coblentz, et si ses fils s'y trouvent encore.

Valleroy dressait l'oreille.

—Quel intérêt présente cette recherche? fit-il avec bonhomie.

—Un intérêt majeur, répliqua Joseph Moulette gravement. Comme je vous le disais, c'est par mes soins que le ci-devant comte a été décrété d'arrestation et emprisonné à Épinal avec la ci-devant comtesse qui n'avait pas voulu se séparer de lui. Le mandat d'arrêt se justifiait deux fois, d'abord par le séjour que le prévenu a fait à Coblentz, ensuite par sa volonté d'y revenir. Le séjour n'est pas contestable; il a eu un témoin; la volonté est évidente, puisque, lorsque j'ai arrêté le ci-devant comte, il se préparait à fuir.

—Ah! bandit, ta confession te condamne, murmura Valleroy.