—Je m'en suis assuré aujourd'hui même, ajoute Valleroy.

—Alors, Dieu soit loué! reprend M. de Malincourt.

Et comme il est affamé par une longue route, il se met, sans ajouter un mot, à la place que vient de quitter son fils et mange avec avidité. Valleroy lui passe les plats, lui verse à boire, tandis que la comtesse et Bernard, pressés l'un contre l'autre, ne le quittent pas des yeux, affaissés sous le poids de leur soudain bonheur, succédant aux larmes qu'ils répandaient tout à l'heure. Quand elle juge que la faim du cher voyageur est apaisée, la comtesse lui dit:

—Vous ne nous avez pas parlé d'Armand, mon ami. J'espère que vous l'avez trouvé sain et sauf?

—Oui, sain et sauf, et, toujours digne de nous. Le comte d'Artois m'a fait son éloge en ces termes: «Le vicomte de Malincourt connaît son devoir et sait le remplir.» Tous ceux qui m'ont parlé de lui vantent sa courtoisie chevaleresque et son courage. Il fait honneur à notre maison.

—Pauvre cher enfant! soupire la comtesse. Quand le reverrons-nous?

—Plus tôt que vous ne pensez, Louise, car, avant peu, vous serez près de lui.

—Nous quitterions donc Saint-Baslemont?

—Je crois bien qu'il faudra s'y résigner.

—Vous savez, Jacques, que je suis prête à partir avec vous: mais sans vous, non.