Le comte ne proteste pas contre la ferme résolution que trahissent ces paroles.
—Nous reparlerons de ce projet tout à l'heure, se contente-t-il de répondre.
—La situation s'est-elle donc aggravée? demande la comtesse.
—Vous en jugerez quand je vous l'aurai exposée.
Pressée d'entendre les explications auxquelles fait allusion son mari, mais comprenant qu'il ne les lui donnera que lorsqu'il sera seul avec elle, la comtesse change le sujet de l'entretien.
—Vos cheveux ont blanchi, mon cher Jacques, dit-elle.
—Oui; c'est le résultat de mon voyage. Encore un peu, et je passerai pour un vieillard.
—Un vieillard à cinquante-cinq ans! objecte Bernard.
—Qu'importe l'âge, mon fils, si l'on vit plus vite aujourd'hui qu'autrefois?
L'enfant demeure rêveur. Il voudrait pénétrer la pensée de son père. Quant à la comtesse, elle examine son mari, cherchant si les émotions et les fatigues endurées par lui, au cours de l'excursion qu'il vient de faire comme un fugitif et comme un proscrit, n'ont pas causé dans sa personne d'autres dommages que ceux qu'elle vient d'y découvrir. Elle est bientôt rassurée. M. de Malincourt possède toujours au même degré l'élégance de sa jeunesse, sa taille svelte, sa vigoureuse agilité, son énergie physique et morale. Mais, obsédée du désir de s'entretenir librement avec lui, la comtesse dit à son fils: