—Qui demandez-vous, Messieurs? bégaya le citoyen président, médusé par cette apparition.

—Vous êtes bien le sieur Joseph Moulette? dit l'officier.

—Oui, Joseph Moulette, émigré français, faisant le commerce des grains.
Et voici mon ami Tiburce Valleroy, honorablement connu à Coblentz.

—Connu à Coblentz, oui, reprit l'officier en portant un regard de défiance sur Valleroy qui baissait les yeux: mais honorablement, c'est une autre affaire, et peut-être n'est-il pas bon pour lui d'être trouvé ici en votre compagnie… Peu importe, d'ailleurs; ce n'est pas de lui qu'il s'agit en ce moment, mais de vous, Joseph Moulette, dit Curtius Scoevola: au nom de Mgr l'électeur, je vous arrête.

Il fit un signe et les quatre gendarmes entourèrent le citoyen président.

—Messieurs, il y a méprise, protesta celui-ci; je ne m'appelle pas Curtius Scoevola. Je suis un homme inoffensif qui s'est vu contraint de fuir son pays pour échapper à ses persécuteurs. Vous arrêtez un innocent.

—Vous direz cela au magistrat chargé de vous interroger. Prenez vos hardes, si vous voulez, et en route!

—Ne résistez pas, souffla Valleroy à l'oreille de Joseph Moulette, vous aggraveriez votre cas. Je cours chez le ministre de France pour l'avertir; il vous fera mettre en liberté.

—Le ministre de France, Bigot de Sainte-Croix, un aristocrate! Il n'interviendra pas pour moi.

—Alors, j'écrirai à Paris; mais, au nom du ciel, soumettez-vous. Ne vous inquiétez pas, vous serez bientôt délivré. En attendant, je payerai votre auberge et vous enverrai vos vêtements là où vous serez.