—Et le marquis de Guilleragues?
—Il est à Bruxelles, où je dois lui faire parvenir les avis d'après lesquels il agira.
—À Bruxelles! s'écria Monsieur. Mais, depuis la bataille de Jemmapes, cette ville est occupée par les Français. Il y a péril pour lui à y résider.
—Mon neveu parle la langue allemande comme sa langue maternelle. À Bruxelles, il se fait passer pour un artiste de Munich en tournée de visite dans les musées de Belgique et de Hollande, et, à la faveur de ce mensonge, il n'y est pas inquiété. Dès que je l'aurai fait avertir, il ira s'embarquer à Ostende pour l'Angleterre. Là, il frétera un navire qui le conduira sur les côtes de France près de Dieppe et qui devra venir l'y reprendre dix jours plus tard. Une fois débarqué, il partira pour Paris, à pied, par la route qu'il devra suivre au retour. Chemin faisant, il verra les royalistes qui se sont chargés d'organiser les relais de chevaux et ne s'arrêtera qu'à Gennevilliers, près de Saint-Denis, où M. de Morfontaine viendra le retrouver. Monseigneur estimera sans doute que nos dispositions sont bien prises.
—Oui, mais on y peut objecter qu'elles manquent de cohésion, remarqua Monsieur. Je vois bien que chacun des conjurés sait en gros ce qu'il doit faire, mais non à quelle date il doit le faire. Il faudrait à votre plan un lien qui en coordonnât toutes les parties. Il faudrait surtout une note qui les précisât, les résumât et les fit concorder.
—Cette note existe, Monseigneur. Elle prévoit tout ce qui doit être prévu; elle assigne à chacun sa tâche, et tous les associés de l'entreprise la recevront en temps opportun.
—Comment la leur ferez-vous parvenir?
—Par un messager très fidèle et très sûr.
—Si fidèle et si sûr qu'il soit, s'il est arrêté en route et si l'on trouve sur lui des instructions que vous lui aurez confiées, non seulement votre plan ne pourra plus être utilisé, mais tous ceux qui auront participé à son exécution payeront de la vie leur dévouement à la famille royale.
—Ce danger ne se présentera pas, Monseigneur. Le messager ne portera pas de papiers compromettants. Il n'aura à transmettre que des instructions verbales.