—Décidément, vidame d'Épernon, vous avez réponse à tout, fit Monsieur, en se carrant dans son fauteuil sur lequel il s'était soulevé pour suivre les indications que lui donnait son interlocuteur.

Il garda un moment le silence, puis il reprit:

—Lorsque des gentilshommes français vont exposer leur vie pour sauver la reine, nous ne saurions, quoique leur entreprise nous inspire peu de confiance, refuser de l'approuver. Mais il faut que vous compreniez, Monsieur le vidame, que nous avons quelque mérite à donner cette approbation, car la reine en liberté deviendra pour nous une cause d'embarras.

—La reine! Une cause d'embarras?

—Elle voudra exercer seule le pouvoir; elle nous disputera la régence… Enfin, peu importe! On saura du moins combien étaient calomnieux les propos abominables qui nous ont accusé de souhaiter la mort de notre belle-soeur. Car, on l'a dit, Monsieur le vidame, on l'a dit, s'écria Monsieur d'un accent d'indignation.

—Il n'est pas un royaliste qui n'ait repoussé ces accusations avec énergie, Monseigneur, protesta M. d'Épernon.

—La reine y a cru, dit Monsieur. Tant pis pour elle, au surplus. Quant à nous, notre devoir consiste à lui prouver qu'elle s'est trompée, et ce devoir nous l'accomplirons. Nous approuvons en principe votre plan.

—Ce n'est pas mon plan, Monseigneur. L'honneur en revient tout entier au marquis de Guilleragues, au comte de Morfontaine et à leurs amis.

—Où sont actuellement ces messieurs?

—M. de Morfontaine est en route pour Paris, sous un déguisement, bien entendu. En attendant les ordres de Votre Altesse Royale, il se concertera avec ceux de nos amis qui travaillent à faire sortir du Temple la famille royale.