M. d'Épernon s'était levé. Il tira de sa poche une carte géographique, la déplia et la mit sous les yeux de Monsieur.

—Voilà l'itinéraire, continua-t-il. Monseigneur le régent peut voir que les grands centres de population sont soigneusement évités et qu'on n'a devant soi qu'une douzaine de villages qu'il est aisé de contourner.

—Mais vos relais de chevaux, où les placez-vous?

—Il y en a cinq, le premier dans une ferme au-dessus d'Andrésy, le second dans la forêt de Gisors, le troisième à Gournay sans y entrer, le quatrième à Serqueux, également sans y entrer, et le cinquième en vue de Gamaches. À Dieppe, ou plutôt à une lieue de cette ville, en remontant vers Saint-Valéry-en-Caux, une embarcation attendra la reine pour la transporter à bord d'un navire anglais qui stationnera non loin des côtes.

—Oui, c'est assez bien imaginé, fit Monsieur d'une voix grave et lente. Mais, si sûre que soit cette route, ajouta-t-il, comment la franchira-t-on? Car il y aura quatre personnes à transporter, Monsieur le vidame. Je connais la reine. Elle ne consentira à fuir que si sa fille, son fils et Madame Élisabeth, ma soeur, peuvent fuir avec elle.

—Tout est prévu, Monseigneur. Nos amis de Paris affirment que, grâce aux relations qu'ils se sont ménagées parmi les gardes nationaux, ils pourront faire sortir les quatre prisonniers en même temps. Au jour fixé pour leur évasion, ce sera le soir, une berline les attendra dans la plaine Saint-Denis. Le marquis de Guilleragues, mon neveu, sera sur le siège. Un autre gentilhomme, M. de Morfontaine, ira à cheval en avant de la voiture pour préparer les relais confiés à des hommes d'un dévouement à toute épreuve.

—En supposant qu'il n'y ait ni contre-temps, ni pertes de temps, combien faudra-t-il d'heures pour franchir la distance qui sépare Dieppe de Paris?

—Quatorze heures, Monseigneur. La famille royale sera déjà loin lorsqu'au Temple on s'apercevra de sa disparition.

—Ne sera-t-elle pas arrêtée en chemin? demanda encore Monsieur.

—C'est peu probable, répondit M. d'Épernon. Le plan que j'ai l'honneur de présenter à Votre Altesse Royale a pour base la certitude acquise que la route choisie est libre jusqu'au bout. Cependant, en prévision d'une mauvaise rencontre, nous nous sommes procuré des passeports au nom de la femme d'un conventionnel, voyageant avec sa famille.