En ce moment, sans se départir du respect qu'il devait à un prince du sang, le brillant gentilhomme causait librement avec Monsieur; et très attachant devait être le sujet de l'entretien, car le vidame s'était échauffé à parler, et Monsieur avait blêmi d'impatience en l'écoutant.
—Enfin, si je vous comprends bien, Monsieur le vidame, s'écria le prince tout à coup, vous venez nous solliciter d'approuver un complot qui a pour but de sauver notre belle-soeur, S. M. Marie-Antoinette, reine de France, veuve du roi défunt.
—C'est en effet pour solliciter l'approbation de Monseigneur que je suis venu du fond de la Bavière dans le fond de la Westphalie, répondit M. d'Épernon.
—On nous a proposé déjà plusieurs projets analogues, objecta Monsieur; mais, après examen, il a été reconnu qu'ils étaient inexécutables.
—Celui que j'ose soumettre à Votre Altesse Royale ne mérite pas le même reproche. C'est en cela qu'il se distingue des autres. Il est l'oeuvre de mon neveu le marquis de Guilleragues et de quelques vaillants gentilshommes qui en garantissent la réussite.
—La reine est détenue au Temple; elle y est gardée par des jacobins forcenés, inaccessibles à la pitié. Avant d'étudier les moyens de la faire sortir de Paris, il faudrait s'assurer qu'il sera possible de l'arracher à sa prison.
—L'exécution de cette partie du programme appartient aux royalistes fidèles qui n'ont pas quitté la capitale et dont le dévouement veille nuit et jour autour de la reine. Ils se disent sûrs de l'enlever du Temple et prétendent qu'ils l'eussent déjà fait s'ils savaient à quel lieu conduire Sa Majesté après l'avoir délivrée. C'est à les seconder et à couronner leur entreprise que mon neveu et ses amis se sont attachés.
—De Paris à toutes les frontières, les routes sont surveillées, reprit
Monsieur.
—Pas également, Monseigneur, et celle qu'aurait à suivre la reine n'offre pas ce danger au même degré que les autres. Du reste, si Votre Altesse Royale daigne jeter les yeux sur le plan que voici, elle verra que, grâce aux forêts de l'Oise et de la Normandie, il n'est pas impossible d'arriver à Dieppe par des chemins isolés, couverts et généralement peu surveillés par les autorités révolutionnaires.
—Voyons votre plan, Monsieur le vidame.