Les écrits rédigés à la requête de de La Marre forment un gros volume. On y trouve les instructions les plus détaillées, des pouvoirs positifs ou éventuels, des lettres pour Bonaparte, le consul Le Brun, le général Moreau, le marquis de Clermont-Gallerande, de Fleurieu, Benezech, l'ancien ministre de l'intérieur, le baron d'André, la marquise de Pracomtal, amie de Le Brun. On la remercie de s'être offerte pour parler à son ami. À Clermont-Gallerande et à Fleurieu, on demande de faire partie du conseil, au premier de le présider.
La lettre de Bonaparte donna lieu à quelques discussions. Le roi proposait d'utiliser celle qu'il avait envoyée par le marquis de Rivière à l'adresse de Berthier. Mais de La Marre, à qui la minute en fut communiquée, la trouva trop longue. Le roi y substitua celle-ci:
«Depuis longtemps, Général, vous devez savoir que mon estime vous est acquise. Si vous doutiez que je fusse susceptible de reconnaissance, marquez votre place; fixez le sort de vos amis. Quant à mes principes, je suis Français; clément par caractère, je le serais encore par raison.
«Non, le vainqueur de Lodi, de Castiglione et d'Arcole, le conquérant de l'Italie et de l'Égypte ne peut pas préférer à la gloire une vaine célébrité. Cependant, vous perdez un temps précieux. Nous pouvons assurer la gloire de la France. Je dis nous, parce que j'aurai besoin de Bonaparte pour cela, et qu'il ne le pourrait pas sans moi.
«Général, l'Europe vous observe, la gloire attend, et je suis impatient de rendre la paix à mon peuple[99].»
Au consul Le Brun, le roi écrit:
«Quelle que soit leur conduite apparente, des hommes tels que vous, Monsieur, n'inspirent jamais d'inquiétude. Vous avez accepté une place éminente, et je vous en sais gré. Mieux que personne, vous savez ce qu'il faut de force et de puissance pour faire le bonheur d'une grande nation. Sauvez la France de ses propres fureurs; vous aurez rempli le premier vœu de mon cœur; rendez-lui son roi, et les générations futures béniront votre mémoire. Vous serez toujours trop nécessaire à l'État pour que je songe à acquitter par des places importantes la dette de mon aïeul et la mienne.»
La lettre à Moreau prouve que c'est à ses services militaires que le roi fait appel et qu'il a prévu le cas où Bonaparte refuserait de jouer le rôle de Monck.
«Général, vos talents militaires vous ont acquis mon estime. Votre conduite généreuse envers les défenseurs d'une cause qui, au fond du cœur, est la vôtre, ne vous a pas donné moins de droits à ma confiance. Elle ne sera pas trompée, j'en suis certain. Vous n'oublierez pas que, de tous les partis de la France, c'est votre parti qui a le mieux mérité de son roi. C'est au nom de la gloire que je vous parle. Mais vous ne pouvez douter de ma reconnaissance aux importants services que j'attends de vous.»
Suivent d'autres lettres sans nom de destinataire, destinées soit à des généraux, soit à des fonctionnaires civils. C'est la même langage que dans les précédentes. Les agents du roi les utiliseront, s'il y a lieu, en les remettant à qui ils voudront. Celle qui est adressée à Royer-Collard clôt la série; elle est bien faite pour le payer de ses peines.