Le 18 novembre, la correspondance prend subitement un ton plus grave. La lettre que Blacas écrit ce jour-là au duc d'Avaray lui annonce la mort de la reine, qui a succombé, le 12, à une hydropisie, «suite de la maladie noire dont elle était attaquée depuis si longtemps.» Obligée de s'aliter le 5, dès le lendemain elle s'est sentie perdue. Elle a demandé à se confesser et à recevoir les derniers sacrements. L'archevêque de Reims les lui a administrés en présence du roi, de la duchesse d'Angoulême et de toute la maison. Le 8, le comte d'Artois informé de l'état de la reine est arrivé à Hartwell, et, successivement, ses deux fils qu'on est allé prévenir chez lord Moira où il étaient à la chasse, le prince et la princesse de Condé, le duc de Bourbon. Le 10, la malade s'est trouvée si mal, qu'elle a demandé à l'archevêque de lui réciter les prières des agonisants. Blacas, qui donne à d'Avaray ces détails, continue ainsi:

«Elle appela ensuite auprès de son lit le roi, qui, depuis quatre jours, ne quittait pas un instant la chambre de la reine, pour le remercier, dans les termes les plus touchants, de tous les soins, de toutes les attentions qu'il n'avait cessé d'avoir pour elle, et elle lui fit ensuite des excuses pour les chagrins, pour les peines qu'elle avait pu lui causer, le priant de les lui pardonner et de croire que son cœur n'avait été pour rien dans ce qu'elle avait pu faire qui l'eût affligé. Elle fit après cela approcher Madame et Monseigneur; elle les bénit de la manière la plus tendre et la plus attendrissante, leur souhaitant tous les bonheurs qu'ils méritaient en leur disant:

«—Mes enfants, car je vous ai toujours regardés comme tels, continuez à vivre comme vous le faites; soyez résignés aux volontés de Dieu et soumis aux ordres du roi. Recevez ce dernier avis avec ma bénédiction.

«La reine, ayant appelé ensuite M. le duc de Berry, l'engagea à changer de conduite, en lui faisant, sur celle qu'il tenait et sur celle qu'il devrait tenir, une exhortation vraiment admirable. Enfin Sa Majesté, s'adressant à Monsieur, lui parla de la fin prochaine qu'elle allait faire.

«—Je vais paraître devant Dieu, lui dit-elle; j'ai un terrible compte à lui rendre de mes actions; je redoute sa justice; mais je compte sur sa miséricorde.

«Dans la journée, elle fit au duc d'Havré des excuses pour tous les moments d'impatience qu'elle avait eus contre lui, et parla dans le même sens à presque tous ses gens et avec une telle bonté, une telle sensibilité, que je les ai tous vu fondre en larmes et qu'il n'existe personne dans la maison qui ne regrette sincèrement, et qui ne pleure encore cette excellente princesse, qui n'a été véritablement connue et appréciée qu'au dernier moment.

«La veille de sa mort, elle disait à Madame qui lui rendait les soins les plus assidus:

«—Mon cœur, ne m'aimez pas autant. Et elle l'engageait à aller se reposer en lui disant:—Si je me trouve plus mal, je vous ferai appeler. Soyez tranquille, vous me reverrez encore.

«Le 10, à quatre heures après-midi, elle fit prier le roi de se retirer, ne voulant pas qu'il fût témoin du triste spectacle qu'allait lui causer sa mort. Cependant, vers le soir, elle se trouva un peu soulagée; elle fut mieux la journée de dimanche; celle du lundi fut si bonne, qu'elle donna quelque espoir et que le médecin croyait qu'elle pourrait du moins vivre encore plusieurs semaines. Mais la nuit fut très mauvaise, et le matin à sept heures, quand le roi se rendit chez elle, elle lui dit:

«—C'en est fait; je finis.