—Chère enfant, s’écriait madame Drouart avec transport, va, Dieu te récompensera de tout le bonheur que tu me donnes!
Ainsi, Louise étouffant dans les bras de sa mère les faibles soupirs que lui arrachait encore les blessures de l’amour-propre, trompant les besoins de son jeune cœur à force d’amour filial, Louise retrouva peu à peu l’insouciante gaieté de son enfance. Sous les caresses de sa mère, les vives couleurs de son teint reparurent. Si elle se ressouvenait de sa mauvaise fortune, si elle lui donnait une larme, c’était passagèrement et de loin en loin; car d’habitude tout lui plaisait, tout lui agréait; elle se montrait satisfaite de tout; elle avait sur tous ses traits l’expression de bien-être.
La pauvre malade en reprenait elle-même une apparence de santé. Enfin, se disait-elle, voici ma Louise qui s’habitue à sa position; elle oublie ses rêves de grandeur; elle est raisonnable, mon enfant; elle ne s’afflige plus d’un mal qui est sans remède.
—Oh ma fille! lui disait souvent madame Drouart, que tu es belle quand tu souris!
C’était à ce propos seulement que madame Drouart lui avait dit: «que tu es belle!» Et pour montrer qu’elle était belle, et aussi parce qu’elle était heureuse, la jeune fille souriait sans cesse à sa bonne mère qui l’embrassait en pleurant de joie.
Autour de ces deux femmes tout respirait à présent un air de fête. Madame Drouart ne demandait plus qu’une chose à Dieu: de ne pas mourir avant d’avoir donné un époux, un soutien à sa fille.
Pour Louise et pour sa mère il y eut un mois tout entier de contentement et de calme.
Le mois qui suivit ne fut pas tout-à-fait aussi heureux. Louise semblait préoccupée. Souvent ses courses se prolongeaient au-delà du temps qu’elle y employait par le passé.
Madame Drouart lui en fit l’observation.
Louise prit la chose au sérieux, et, tout émue, elle s’écria: Mon Dieu, maman, est-ce ma faute si je ne peux pas courir? Vous m’aviez reproché d’être trop active, et maintenant vous me reprochez d’être trop lente! Je ne sais comment faire pour vous contenter; et puis croyez-vous donc que ce soit un si grand plaisir que de rester au milieu des rues quand on n’y a pas besoin? Je fais de mon mieux, et vous querellez encore! Comment voulez-vous que je rentre tout de suite, si par exemple je trouve à notre porte des embarras de voitures ou du bois que l’on décharge, comme cela m’arrive tous les jours?