—Ma Louise, répondait la bonne mère, peux-tu t’imaginer que j’ai eu l’intention de te faire de la peine? Comment peux-tu voir même l’apparence d’un reproche dans ce qui n’est qu’une simple observation, ou, si tu l’aimes mieux, une petite bouderie de mère qui gronde en souriant...
Puis après, madame Drouart se disait tout bas: je suis bien injuste! la pauvre enfant, elle ne s’amuse pas assez dans cette triste chambre pour que je lui envie les innocentes distractions qu’elle peut prendre au dehors!
Madame Drouart avait même fini par ne plus remarquer les heures où sa fille rentrait et sortait. Loin de trouver mauvais que Louise allât et vînt à sa fantaisie (puisque c’était sur Louise seule que pesaient tous les menus détails du ménage), madame Drouart craignait bien plutôt que sa fille ne se lassât d’être, en quelque sorte, la servante de la maison. Mais il ne lui paraissait pas que Louise prît en dégoût les charges de son humble fortune; et l’heureuse mère en remerciait ardemment le ciel.
Un soir où Louise était descendue pour faire quelque emplette dans le voisinage, madame Drouart se sentit assez sérieusement indisposée. La présence de Louise lui devint nécessaire. Louise cependant ne remontait pas. Madame Drouart attendit impatiemment. Lorsque Louise reparut, sa mère ne put s’empêcher de lui dire:
—Tu es restée bien long-temps absente, ma fille?
—Pas plus long-temps qu’hier, maman, répondit Louise avec une sorte de trouble.
—Hier, je n’y avais pas fait attention. Où as-tu donc été hier?
—Nulle part, maman.
—Nulle part! et d’où viens-tu?
—Tu le sais bien, de chez la mercière. Ces demoiselles n’en finissent jamais à vous servir. Il y en a une surtout qui est d’une gaucherie et d’une lenteur...