—Va, ma bonne fille, lui dit-elle, je ne te demande rien maintenant, je suis sûre de ton cœur. Si tu as un secret, de toi-même bientôt tu viendras le confier à ta mère. N’est-ce pas, ma Louise, que tu n’auras bientôt plus de secret pour ta mère?..
—Mais, maman, répondit Louise, je n’ai pas de secret, je t’assure...
On sonna. Madame Drouart passa dans son cabinet pour ouvrir. C’était quelqu’un, un premier venu, qui venait demander une feuille de papier timbré à 7 sous.
En rentrant dans la chambre, madame Drouart ne crut pas nécessaire de reprendre la conversation où elle l’avait laissée.
Quant à Louise, elle regardait timidement sa mère toutes les fois que celle-ci ne la regardait pas.
La journée fut silencieuse et triste.
Louise manifesta l’intention de se mettre au lit de bonne heure. Madame Drouart avait hâte aussi de se coucher. A huit heures, toutes deux, après s’être embrassées, se souhaitèrent un bon sommeil, et pourtant ni l’une ni l’autre ne se couchaient pour dormir.
Louise pria Dieu pour son père; ensuite elle pria Dieu et son père de lui donner le courage de vaincre son amour.
Il était minuit que Louise soupirait encore: C’est fini, c’est fini, je ne reverrai plus Gustave! non, mon père, non ma mère, je ne le reverrai plus!
Cependant madame Drouart, dans le calme de la nuit, avait repassé en sa mémoire la conduite de sa fille, et, plus que jamais certaine de connaître la nature du sentiment qui troublait le cœur de Louise, elle avait cherché par quel moyen elle pourrait arrêter cet amour dès les premiers pas.