—Que vouliez-vous dire au général Darvin? demanda Louise inquiète.
—Il me semble, reprit madame Drouart, que, ne l’ayant pas trouvé chez lui lorsque nous nous y présentâmes à votre sortie de la maison royale, nous lui devons assez de reconnaissance, pour que moi, votre mère, je lui fasse une visite de jour de l’an... Mais il sera de retour à son hôtel le 6, ma fille, et je lui parlerai de vous, ajouta madame Drouart avec un ton de menace; je lui ferai savoir comment vous avez mis à profit l’éducation qu’on vous a donnée.
Louise confuse ne jugea pas utile de prolonger la conversation sur cette matière.
La vérité est qu’à propos du jour de l’an madame Drouart était allée demander aux personnes qui lui portaient quelque intérêt, des renseignemens sur la famille Charrière, et des conseils sur les moyens à prendre pour sauver sa fille et elle de tout malheur.
Après avoir épuisé toutes les ressources de l’amour maternel et de la prudence, elle n’avait plus d’espoir que dans les conseils de ses amis, ou, pour mieux dire, de ses protecteurs; mais les uns l’accueillirent d’un air si froid qu’elle n’osa leur parler intimement de Louise; les autres, qui ne connaissaient ni Gustave ni sa famille, lui ouvrirent des avis si impossibles à suivre, qu’elle en demeura plus embarrassée qu’auparavant. Le général Darvin, sur l’amitié, sur la sagesse de qui elle fondait le plus d’espérance, le général Darvin n’était pas à Paris. Ce contre-temps l’affligea beaucoup; cependant elle pensa qu’en s’établissant jusqu’au 6 la gardienne sévère de sa fille, rien de fâcheux ne pourrait survenir.
D’ailleurs elle avait été absente quatre heures durant, et Louise pendant ces quatre heures n’avait pas quitté la chambre. Le portier et mademoiselle Agathe, interrogés avec adresse, rassurèrent complétement madame Drouart là-dessus. Elle prit donc le parti d’attendre jusqu’au 6.
Le 2, à onze heures et trois quarts, Louise entra dans le cabinet de sa mère.
—Mon Dieu, comme il fait froid! dit-elle.
Madame Drouart se tenait les pieds sur une chaufferette.
—Mais ce cabinet est glacial, maman; je ne sais pas comment tu peux y rester?