Je ne sais comment je pourrai vous faire tenir ce billet: mais dussé-je passer tout le jour à votre porte, il faut que ma voix se fasse entendre de vous. Louise, je ne vous vois plus: je suis malheureux. D’où vient que vous ne sortez pas? Votre mère vous garde-t-elle comme une prisonnière, et mon amour serait-il cause des privations que vous endurez? Non, ce n’est pas vous qui vous condamneriez volontairement à la solitude, vous qui possédez tout ce qu’il faut pour paraître avec éclat dans le monde... surtout vous n’auriez pas l’affreux courage de vous cacher à mes yeux, lorsque vous savez que ne pas vous voir me tue. Il est impossible, Louise, que vous me haïssiez au point de vouloir ma mort. Quel mal vous ai-je fait? Est-ce donc un si grand crime que de vous trouver belle et de vous aimer?
Mais, non, vous ne repousserez pas ma tendresse; vous me pardonnerez une passion qu’aucune force humaine ne pourrait arracher de mon cœur. Moi seul, Louise, je ne me pardonnerai jamais cette passion, s’il est vrai, comme je le crains, que votre mère vous en punisse. O Louise, dites-moi que vous n’êtes pas malheureuse par ma faute; dites-moi que ce n’est pas Gustave qui cause vos larmes... Ah, que dis-je? ma tête s’égare; j’ignore ce que je vous écris; je ne sais en quel trouble me jette un amour qui fera le désespoir de ma vie!
Louise, répondez-moi un mot, un seul mot. Si je vous ai offensée par quelque parole imprudente, Louise, songez qu’en ce jour toutes les offenses se pardonnent... C’est le jour des réconciliations. Louise, ma Louise, une ligne de votre main charmante! Que je sache quel sort vous me réservez!... Hélas! je le jure, votre bonheur est le plus cher de mes vœux. Louise, si vous vouliez m’entendre?...
Adieu. Ne me haïssez pas. Demain, à midi juste, je viendrai frapper à votre porte sous prétexte d’acheter une feuille de papier timbré. J’y viendrai tous les jours à midi, jusqu’à ce que vous m’ayez dit: Je vous aime! ou que vous m’ayez fait chasser honteusement par votre portier.
Louise, lorsque je viendrai demain, à midi, chercher une réponse, est-ce vous qui m’ouvrirez ou sera-ce votre mère?
A propos de votre mère, je vous dirai demain ou après quels sont mes motifs pour lui cacher mon amour, un ou deux mois encore. Ces motifs, vous les approuverez, car ils n’ont rien qui ne puisse s’avouer, rien qui ne soit honorable.
Adieu, Louise. Si vous n’êtes pas la plus cruelle des femmes, si vous n’êtes pas sans pitié pour qui vous aime, vous me tiendrez prêt un petit mot de bonheur pour demain à midi.
Madame Drouart rentra sur les quatre heures, très-fatiguée. Elle dit à Louise que M. Darvin était à la campagne depuis la veille et qu’il ne serait de retour à Paris que le 6 du mois.
Louise parut surprise de cette nouvelle; elle ignorait que sa mère fût allée chez le général Darvin. Madame Drouart, qui ne se souvenait plus d’avoir fait à sa fille un mystère de cette visite, s’aperçut de son imprudence; elle en accepta les conséquences sans hésiter.