C’était le matin du jour de l’an. Madame Drouart venait de sortir pour faire quelques visites obligées. Mademoiselle Agathe, à qui madame Drouart avait recommandé de ne pas quitter Louise, courait tous les étages de la maison. Louise, seule dans la chambre, s’ennuyait et pleurait.

On sonne. Louise ne se hâte pas d’ouvrir: elle craint de laisser voir qu’elle a pleuré. On sonne de nouveau. Pour donner à ses yeux le temps de se sécher, pour être aperçue le plus tard possible par la personne qui va paraître, Louise se met de côté pour ouvrir la porte; de façon qu’en tirant la porte à elle, tout son corps se trouve caché derrière.

Une voix d’homme demande timidement:

—N’est-ce pas ici qu’on vend du papier timbré?

A cette voix qu’elle a reconnue, Louise tremblante, effrayée, se serre tant qu’elle peut contre le mur; elle n’ose bouger; elle retient son haleine; elle espère qu’on ne la verra pas.

Mais, en avançant la tête, Gustave (car c’est lui), vient d’apercevoir Louise. Il entre sur la pointe du pied, puis dit précipitamment et à voix basse: Prenez cette lettre; et si vous m’aimez, répondez-moi!

Une lettre est tombée aux pieds de Louise, qui se baisse pour la rendre sans doute: mais Gustave a disparu; elle entend ses pas dans l’escalier.

Vite, elle referme la porte. Maintenant que va-t-elle faire? Lira-t-elle ce billet? Oh, oui; mais elle n’y répondra pas....

Ce 1er janvier.

Louise, qui donc aujourd’hui vous apporterait ses vœux de bonheur, si moi, moi qui vous aime plus que la vie, je ne vous apportais les miens?