Louise ouvrait la bouche pour répondre que Gustave était venu, témoin les vingt francs donnés au portier; mais elle pensa vaguement que madame Drouart trouverait encore quelque chose à blâmer dans cette manière de prendre des informations sur leur compte, et elle se tut. Au fond du cœur elle était fâchée contre sa mère.

Ce fut bien pis lorsqu’elle entendit madame Drouart lui dire, jusqu’à deux fois, avec assurance: Ce jeune homme te trompe: il ne t’aime pas.

Louise, eût-elle douté elle-même de l’amour de Gustave, aurait difficilement supporté qu’un autre en doutât. Mais, certaine de posséder cet amour, elle pouvait encore moins souffrir qu’on lui voulût nier qu’elle fût aimée.

Son impatience, long-temps contenue, perçait dans son regard. Son geste devint sec, sa parole brève, et ses joues s’enflammèrent de dépit.

Elle se leva, s’en alla s’asseoir à l’autre bout de la chambre, prit une aiguille, une étoffe à broderie; puis, aux quelques mots que lui adressa madame Drouart, elle ne fit plus aucune réponse.

Madame Drouart, à son tour, se lève pour passer dans son cabinet; mais avant de sortir elle s’arrête devant sa fille, et là, mécontente de l’effet inattendu produit par ses paroles, ne voulant pas paraître avoir affirmé un fait faux ou même douteux, excitée par la mauvaise humeur de Louise, elle répète d’un ton de voix empreint de colère: Non, certainement, il ne t’aime pas!

Louise, quoique profondément blessée, continue à garder le silence.

—Mon Dieu, s’écria madame Drouart quand elle fut seule, que vais-je devenir?... quelle enfant! Peut-être m’y suis-je mal prise pour la guérir d’un fol amour; mais, mon Dieu, vous le savez, mes intentions étaient bonnes!... A qui maintenant irai-je demander des conseils? Je ne sais plus, moi, comment faire...

Après un moment de réflexion, elle se dit: C’est peine inutile: toute la conduite de ce jeune homme fait voir assez ce qu’il faut penser de lui. Mais, n’importe, je veux prouver à Louise que mes craintes ne m’abusaient pas; je veux prendre des informations sur la moralité de M. Gustave Charrière. Le général Darvin connaît peut-être cette famille.

CHAPITRE VIII.