—Oh! pour cela, certainement, mademoiselle; il ne me faut que le temps de mettre le couvert et de dîner.
—Et moi le temps d’aller jusqu’au bout de la rue et d’en revenir.
Mademoiselle Agathe descendit les marches de l’escalier quatre à quatre et en chantant.
Louise mit son beau bonnet de dentelle, se couvrit les épaules d’un petit schall de mérinos brun; après quoi elle regarda tout autour d’elle comme pour s’assurer si sa mère ne la voyait pas...
Tout à coup elle se surprit à manquer de courage; elle s’avança craintive jusqu’à la porte; puis elle revint; puis elle s’assit honteuse, effrayée, dans un coin de la chambre.
Tout le temps de sa conversation avec mademoiselle Agathe, Louise avait bien senti en elle quelque chose d’extraordinaire, d’irrésistible, qui la poussait au mal. Sa voix faiblissait à chaque phrase. Ce n’était pas là son ton, son humeur habituelle. Cependant elle croyait pouvoir, jusqu’à la fin, lutter contre sa conscience. Mais à cette heure, près du but, elle recule; elle tremble à l’idée de tromper sa mère, de lui désobéir; elle rougit de honte au souvenir des paroles qu’elle a dites à mademoiselle Agathe. La voilà donc devenue, en quelque sorte, la complice d’une servante! Elle ne peut comprendre comment cela est arrivé. Ce qu’elle comprend encore moins, c’est d’avoir médité, exécuté presque le dessein de voir Gustave, malgré la défense qui lui en a été faite.
Pourtant Gustave ne l’attend-il pas? Que dira-t-il s’il ne la voit pas venir? Ne pourra-t-il pas croire qu’elle l’oublie? Et demain, demain, à midi, il voudra lui parler; il lui apportera une lettre..; et si cette lettre tombe encore entre les mains de sa mère!
Cette dernière considération l’entraîne: elle se lève.
Mais en passant par le cabinet de madame Drouart, le premier objet qui frappe les regards de Louise, c’est le vieux fauteuil de sa mère... elle s’arrête; elle revoit, par la pensée, sa mère assise dans ce fauteuil; il lui semble qu’une voix bien connue va lui dire:
—«Où allez-vous, ma fille?»