—N’entendez-vous pas du bruit dans sa chambre? elle appelle encore.
Le docteur passa dans l’appartement de la malade; il y resta quelques minutes, puis reparaissant avec un visage tranquille:
—Elle a un peu d’agitation; c’est l’effet de la fièvre: mais la sueur commence, le pouls devient plus souple, bientôt elle sera plus calme.
—Non, mais je l’espère. En attendant, mon cher ami, voudriez-vous m’expliquer, d’une manière intelligible et précise, la nature de vos liaisons avec cette jeune demoiselle? j’en ferai le sujet de mes études et mon profit. Je suis prêt à vous donner une attention sérieuse.
—Je vous ai déjà dit trois ou quatre fois, reprit Gustave, l’origine de cette espèce d’intrigue qui ne ressemble nullement à de l’amour. J’ai vu Louise à Saint-Denis dans sa pension, et je lui ai fait la cour, parce que je me suis aperçu qu’elle ne demandait pas mieux: la jeune personne est un peu coquette.
—Vous prétendiez tout à l’heure qu’elle était si sage.
—Mais certainement, mon cher! vous ne connaissez pas les femmes. La coquetterie chez une jeune fille, ce n’est autre chose que l’envie de plaire, d’être trouvée belle; et chez les plus sages, cette envie-là perce dans tous leurs mouvemens.
—Plus ou moins.
—Oui. Je lui fis donc la cour par désœuvrement, par bonté d’ame, plutôt pour lui être agréable que pour me faire plaisir à moi-même; car cela m’était presque indifférent, je vous jure. D’ailleurs je ne sais rien de plus ridicule que de filer ce qu’on appelle le parfait amour; c’est l’occupation des tout jeunes gens ou des imbéciles. Cependant je lui écrivais tous les quinze jours, et je la voyais une fois par semaine. Ce manége dura six mois peut-être, je ne m’en souviens plus au juste. Un matin, oh! bien long-temps après tout cela, Alfred Duroc et Eugène d’Arbouvert, que vous connaissez tous deux, s’étaient rencontrés avec moi au Café de Paris. Nous déjeunions ensemble. La conversation venait de prendre une tournure philosophique: Eugène ou Alfred, je ne me rappelle plus lequel des deux, raconte l’histoire d’un avoué....