—Quelle est cette histoire?
—Je vous la dirai plus tard; elle est assez curieuse: les avoués ont quelquefois des idées de génie. L’idée du papa Rouvrard me mit en tête un projet à peu près semblable au sien, mais meilleur cependant, et auquel je m’étonnai de n’avoir pas songé plus tôt, moi qui déteste le mariage de tout mon cœur, et qui ne comprends pas qu’une femme et un homme s’épousent pour le seul plaisir d’être mari et femme. Franchement, docteur, n’êtes-vous pas de mon avis, que le but unique du mariage, c’est d’avoir un enfant?
—Mais, dit le docteur, je ne sais pas trop...
—Eh bien! je le sais, moi, continua Gustave; j’ai réfléchi là-dessus fort long-temps, et mon grand chagrin était que, nous autres hommes, nous fussions obligés à devenir maris pour devenir pères. L’état de société où nous vivons n’a pas le sens commun; voyez-vous la nécessité d’être mari, vous?
—Pas plus que je ne vois la nécessité d’être père, dit le docteur.
—Oh! répliqua Gustave, la différence est grande pourtant! Enfin, dit-il en riant, j’aurais peut-être fait comme tout le monde, et mes idées sur les enfans nés hors mariage eussent changé avec l’âge, si, au milieu de ma haine pour l’union conjugale, ne fût venue tomber à l’improviste l’histoire de cet avoué, laquelle m’ouvrit un nouveau moyen pour accomplir la charge de paternité que la nature nous impose. Toutefois, je résolus de m’y prendre plus adroitement que M. Rouvrard.
—Et comment s’y prit M. Rouvrard? demanda le docteur.
—Fort mal, mon ami.
—Bref, quelle était sa fantaisie?
—Une véritable fantaisie de garçon, docteur, un de ces projets bizarres qui nous viennent en tête, on ne sait trop comment, et dont nous espérons des merveilles on ne sait trop pourquoi. Donc, excité par l’exemple de Rouvrard, et voulant mieux faire que lui, je me mis à la recherche d’une petite grisette qui pût me rendre père sans qu’elle s’en doutât le moins du monde.