Pendant les interrègnes, dans l’espace vide qui séparait une maîtresse passée d’une maîtresse nouvelle, Gustave donnait congé à madame Lefebvre, libre alors de vaquer à toute autre besogne. Mais peu d’affaires lui rapportaient autant de bénéfices que son emploi de la rue Montmartre: aussi abandonnait-elle volontiers ses autres pratiques pour celle-là.

Depuis bientôt six mois elle n’avait pas entendu parler de Gustave, occupé d’une intrigue secrète avec deux femmes mariées; elle n’espérait déjà plus servir ses amours, le croyant rangé, marié peut-être, et elle s’en affligeait sérieusement, la bonne dame, lorsque tout à coup on vint la demander de la part de M. Gustave.

Elle se hâta d’accourir. Gustave, sans lui dire positivement quelle femme était Louise, lui en fit comprendre assez pour qu’elle vît bien qu’il ne s’agissait pas d’une maîtresse ordinaire. Elle promit de remplir sa charge avec tout le zèle possible, et s’engagea sur l’honneur à garder un secret qu’on ne lui demandait pas. Du reste, la Lefebvre avait pour vertu singulière la seule vertu que possèdent ces sortes de femmes: une discrétion inébranlable, car elle était nécessitée par son intérêt même.

Gustave, soit pitié pour la fille, soit pitié pour la mère, avait envoyé madame Lefebvre demander au portier de la rue Bourbon-Villeneuve dans quel état de santé se trouvait madame Drouart.

La commission était faite.

—Eh bien! madame, dit Gustave, que vous a-t-on répondu?

Madame Lefebvre venait de s’asseoir, et elle portait alternativement ses yeux de Gustave au docteur, comme pour demander au premier s’il fallait qu’elle s’expliquât devant un tiers.

—Parlez, lui dit Gustave; le docteur n’est pas de trop ici.

—Mon cher monsieur, reprit enfin madame Lefebvre, je ne sais pas ce que vous allez en penser; mais moi, ça m’a fait de l’effet.

—Quoi donc? s’écria Gustave avec une visible inquiétude.