Madame Lefebvre rentra.
—Elle dort, lui dit Gustave, marchez doucement... Ah! madame Lefebvre, un mot. Il est convenu entre le docteur et moi que, dès ce moment, tout le monde ici doit parler à Louise comme on parlerait à ma propre femme; dorénavant vous l’appellerez madame.
—Mais monsieur sait bien, dit la Lefebvre, que j’ai toujours dit madame à toutes les demoiselles qu’il a eues... et cette jeune dame, je ne lui ai jamais parlé autrement, par exemple!
—Elle était trop malade pour vous entendre, madame Lefebvre; mais à présent qu’elle va mieux, elle saisira le sens de vos paroles; continuez donc à l’appeler madame, et, en lui parlant de moi, dites, votre mari.
—Je comprends: monsieur est censé le mari de madame?
—Je le suis tout-à-fait, madame Lefebvre; ne l’oubliez pas.
—Quoi! vous persistez? dit le docteur..... c’est une folie qui n’a pas de nom.
—Pour mon repos, répondit Gustave, j’ai besoin qu’elle soit heureuse. Docteur, déjeunons ensemble, voulez-vous? je vais donner ordre à mon domestique de nous servir dans l’autre chambre. Vous, ajouta-t-il en s’adressant à madame Lefebvre, après les premières paroles que vous lui aurez dites, vous viendrez nous avertir.
Le docteur et Gustave quittèrent l’appartement de la malade; bientôt ils se mirent à table. Gustave paraissait rêveur; son ami lui en fit l’observation, tout en ne lui dissimulant pas qu’il croyait savoir la cause de sa rêverie.
—Je gage que vous vous repentez déjà, lui dit-il, de l’imprudente résolution que vous venez de prendre. Gustave protesta qu’il n’en était rien. Croyez-moi, reprit le docteur, il en est temps encore, renoncez à tromper cette jeune fille, à lui mettre en tête un mariage qui n’existe pas et qui sans doute n’existera jamais; vouloir lui persuader qu’elle est votre femme, c’est plus qu’un enfantillage, c’est une faute grave. Loin de vous tirer, vous, d’embarras, elle de maladie, ce mensonge, une fois découvert, peut avoir pour tous deux des suites incalculables.