—Mais, dit Gustave en hésitant, je vous assure que j’ai réellement le dessein de l’épouser.
—Ah! dit le docteur, si sa famille, son caractère, sa fortune vous conviennent....
—Sa famille est honnête, répondit Gustave.
—Et sa fortune?
—Complètement nulle.
—Et son caractère?
—J’avoue que je ne le connais pas assez pour.....
—Permettez-moi donc, interrompit le docteur, de vous dire que, toute réflexion faite, vous n’épouserez pas cette fille. A quoi bon, alors, la flatter de l’idée d’un mariage chimérique? Pour la rendre à la santé, dites-vous? Eh! mon ami, voilà qu’elle se porte à merveille! D’ailleurs, combien se passera-t-il de jours, croyez-vous, avant qu’elle ne s’aperçoive qu’on s’est joué d’elle? Combien, pensez-vous, que va durer son illusion? cinq ou dix minutes, tout au plus: voyez donc si c’est la peine de la tromper pour si peu de temps? Pardon, mon cher Gustave, ajouta-t-il en souriant, mais, pour l’instant, ce n’est pas l’homme qui vous parle, c’est le médecin. Ne m’avez-vous pas confié la santé de votre maîtresse? Eh bien! là, sérieusement, mais très-sérieusement, comme votre ami d’abord et comme médecin ensuite, je m’oppose de tout mon pouvoir à la sottise que vous méditez, au mensonge dangereux que vous voulez faire à ma malade: je vais sonner madame Lefebvre pour lui donner contre-ordre.
—Faites, dit Gustave: je m’abandonne à vous, je ne sais que vous dire; j’ai la tête perdue.
Le docteur, fort aise d’avoir remporté cette victoire, bien que Gustave n’eût pas fait de grands efforts pour la lui disputer, se leva de table afin d’appeler au plus vite madame Lefebvre; mais, à l’instant même, celle-ci entrait dans la chambre: elle raconta que, suivant les instructions de Monsieur, voyant Louise éveillée, elle l’avait traitée comme l’épouse de M. Gustave, lui parlant de l’inquiétude de son mari, du bonheur qu’elle avait d’être sa femme, et qu’à tous ces discours Louise était restée la bouche béante et les yeux immobiles, la considérant avec une expression de surprise et de joie qu’elle n’avait jamais vue sur la figure de personne.