Par un phénomène inexplicable en tout autre convalescence, à mesure que la santé lui revenait, le cours de ses pensées prenait une teinte plus triste; le docteur, pour leur imprimer une direction moins sombre, ne voyait rien de mieux à faire que de reporter l’attention de sa malade sur Gustave, à présent le seul ami, le seul espoir de la pauvre Louise. Il insistait là-dessus: «Votre seul ami, votre seul espoir, madame.» Mais elle, chaque fois que ce nom était dit en sa présence, elle restait muette, insensible, comme s’il se fût agi d’un homme inconnu.
Il arriva pourtant qu’un jour, au nom de Gustave, à ce nom que le docteur lui répétait sans cesse, elle témoigna un vif déplaisir et se mit à fondre en larmes. Le docteur lui remontra doucement qu’elle avait tort de s’affliger, qu’elle était guérie, enfin que sa position n’avait rien de si désolant puisque Gustave l’aimait.
—Ah! monsieur, lui dit-elle, c’est affreux! vous m’avez tous bien cruellement trompée...
—Mais madame...
—Madame, pourquoi m’appelez-vous madame? vous m’avez dit tous que j’étais..... Allez, monsieur, je le vois, je ne suis qu’une misérable fille qui ai fait mourir ma mère... ma mère que j’ai abandonnée! et lui, à son tour, il m’abandonne... il a bien raison.
Il avait été convenu entre Gustave et le docteur que si Louise ne se souvenait pas, ne parlait pas tout d’abord du mariage dont madame Lefebvre lui avait fait précédemment le récit mensonger, on lui donnerait plus tard cette histoire comme étant le rêve de son imagination malade. Mais Louise, par son silence autant que par le peu de mots qu’elle venait de dire, prouvait de reste la fidélité de ses souvenirs où elle retrouvait Gustave accourant à sa voix et à la voix de madame Lefebvre qui s’écriait:
—Madame, voilà votre époux!
Il était aisé de voir que Louise attendait sur toute cette scène une explication d’où peut-être allait dépendre sa vie.
Le docteur, en homme prévoyant, tenait sa réponse prête. Il lui dit donc que Gustave, en effet, la regardant comme sa femme, avait voulu qu’elle fût traitée comme telle par la garde-malade et par tous les gens de la maison; qu’aux yeux de tout ce monde, ils passaient pour être mariés. Gustave, ajouta-t-il, a cru pouvoir d’autant mieux vous donner par avance le titre d’épouse, qu’à moins d’un refus positif de votre part, madame, il a dessein de vous épouser aussitôt votre entier rétablissement; je suis chargé par lui de vous demander son pardon pour un mensonge qui n’en sera plus un dès que vous le voudrez ou dès que votre mauvaise santé cessera de mettre obstacle au mariage.
Le visage de Louise s’était épanoui de bonheur, après quoi il se rembrunit peu à peu.