—Chez vous?... je suis chez vous?

—Oui, madame, entourée de tous les soins et de toutes les attentions que comportent votre position et votre sexe.

—Et ma mère! cria Louise, ma mère?..

Le docteur pencha la tête, et fit avec ses deux bras un geste de douleur.

—Ah! monsieur, dit-elle, c’est moi qui l’ai tuée! Laissez-moi mourir, je suis une malheureuse!

Tout le jour et toute la nuit qui suivit cette scène, Louise fut fort agitée. La fièvre, qui avait entièrement cédé, reprit, mais avec moins de violence que la première fois.

Le docteur enjoignit à Gustave de ne plus se montrer à la malade avant que tout péril eût cessé, avant même que la convalescence fût complète.

CHAPITRE IV.

Ce fut à de longs intervalles et par des confidences adroitement ménagées que le docteur Thévenot mit Louise au fait de toutes les circonstances qui avaient précédé son séjour chez lui, car il ne jugeait pas utile de la désabuser sur ce point. Lui dire qu’elle était chez Gustave, c’eût été l’alarmer sans motif. Il la laissa donc dans cette erreur, tout en lui apprenant qu’elle avait été sauvée d’une mort certaine par Gustave seul, qui, ajoutait-il, était venu le chercher en toute hâte pour soigner une jeune fille évanouie de froid au milieu de la rue; lui, docteur, avait fait transporter Louise dans sa maison, la nuit étant très-avancée, et le portier de la rue Bourbon-Villeneuve n’ayant pas voulu ouvrir. Quant à madame Drouart, on avait appris le lendemain qu’elle était morte d’une attaque d’apoplexie foudroyante, morte subitement en montant chez elle, et que telle était la raison pourquoi Louise n’avait pas vu de lumière dans leur chambre de toute la soirée; que du reste, madame Drouart, ainsi frappée à l’improviste, avait ignoré en mourant que sa fille fût absente.

Louise, comme on le pense bien, doutait un peu de la vérité de ces détails, quoiqu’au fond de l’ame elle ne fût que trop certaine de la mort de sa mère.