—Tâchez de sortir sans qu’elle vous voie, et reposez-vous sur moi du reste; je me charge de tout.
Il n’était pas difficile à Gustave de quitter la chambre sans être aperçu de Louise; car, dans cet instant, la pauvre fille, accablée de mille émotions diverses, était hors d’état de voir et d’entendre.
Au bout de quelques minutes, lorsqu’elle eut donné un libre cours à ses larmes, Louise saisit de nouveau la main du docteur, et attachant sur lui des regards empreints d’une grande tristesse:
—Monsieur, de grâce, que je sache tout... qu’est-ce qu’on a fait de moi? que m’est-il arrivé? est-ce que j’ai été folle? le suis-je encore? retrouverai-je ma raison? ne me cachez rien, je vous en conjure.
Le docteur s’assit paisiblement à côté d’elle:
—Vous n’êtes pas assez tranquille pour m’écouter sans que cela vous fasse beaucoup de mal, madame, je vous expliquerai plus tard...
—Tout de suite, monsieur, tout de suite, je le veux!
—Madame, reprit-il en souriant, vous oubliez que c’est moi qui ordonne ici: je suis votre médecin. Allons, prenez un peu de repos, et ce soir, je vous donnerai, sur votre maladie et sur la manière dont vous avez été apportée dans cette maison, tous les détails...
—Attendez, dit Louise en le regardant avec une sorte de terreur: c’était l’hiver, il faisait froid, un froid horrible! je m’assis sur une borne...
—Le froid vous engourdit, ajouta le docteur, vous tombâtes presque morte au pied de la borne, on vint me chercher pour vous donner des secours... et, vous voyant si malade et si en danger de mourir, je vous fis transporter chez moi, où depuis long-temps je vous soigne...