Louise se souleva de son lit, et passant une de ses mains sur son front comme pour rappeler ses souvenirs, elle examinait tour à tour madame Lefebvre, le docteur et Gustave.

—Mon mari? dit-elle enfin.

—Oui, votre mari, madame, reprit madame Lefebvre, votre cher et bon mari qui est si triste depuis que vous êtes malade!

—Ah! mon Dieu! faites que je ne rêve pas, dit Louise en reportant ses yeux sur Gustave, qui n’osait presque plus la regarder. Mais que s’est-il donc passé? s’écria-t-elle; je ne me souviens plus de rien.... Oh! si! la mort de ma pauvre mère..... Imaginez-vous, mon ami, que je l’ai vue mourir dans mes bras, que je l’ai accompagnée jusqu’au cimetière... mais vous y étiez aussi, vous, Gustave; vous pleuriez... et moi, je n’ai pas pleuré!... Oh! c’est horrible! c’est horrible! il faut que j’aie été bien malade.

—Il est vrai que madame a fait une très-longue maladie, continua madame Lefebvre; voilà plus de six mois que madame....

—Taisez-vous donc, madame Lefebvre! dit le docteur d’une voix rude.

Madame Lefebvre stupéfaite recula de quelques pas en murmurant, et sur une nouvelle injonction de se taire, elle sortit.

Cependant Louise jetait sur Gustave un regard d’inquiétude où commençait à se mêler un peu d’effroi. Gustave détournait la tête.

—Il n’est pas possible, s’écria-t-elle, que je sois mariée! je ne me rappelle rien... rien... Ah! monsieur, dit-elle au docteur en pleurant à chaudes larmes, je vous en supplie, ne me trompez pas... Vous êtes mon médecin, n’est-ce pas? je me souviens de vous avoir vu quelquefois près de mon lit, vous vouliez me guérir...... Monsieur, au nom du ciel, dites-moi où je suis, ce que je suis... j’ai peur d’être folle.

Avant de répondre, le docteur se pencha à l’oreille de Gustave: