—Rien, rien, chère amie; mon père est fou... L’idée la plus extravagante... Et cependant, ajouta-t-il à voix basse et comme s’il se parlait à lui-même, cependant je conçois sa raison; c’est assez naturel...

Il y avait dans le son de sa voix quelque chose de moqueur qui blessa profondément la sensibilité de Louise. Toute triste et tout émue, elle dégagea des mains de Gustave sa main qu’il ne pressait plus avec le même amour, et, quittant l’ombre de la muraille, elle monta la rue sans mot dire. Gustave l’atteignit rapidement.

—Me quitter déjà, Louise?

—Pensez-vous qu’il ne soit pas temps, monsieur?

Monsieur!... Êtes-vous donc fâchée contre moi?... Restez encore, je vous en prie; votre maman ne doit revenir qu’à six heures, m’avez-vous dit.

—Ne faut-il pas que je sois à la maison avant elle?

Gustave tira sa montre:—Voyez, il est à peine cinq heures vingt minutes...

—Ah! mon Dieu! s’écria Louise, si maman allait être rentrée!

Cette réflexion l’épouvanta: elle se mit à marcher avec vitesse. Mais l’effroi la faisait à chaque instant chanceler sur ses jambes. Gustave vint lui offrir son bras. En ce moment, elle ne pensait même plus à Gustave; sa présence doubla pour elle l’apparence du danger: elle courut. Il courait aussi.

—Louise, Louise!