Elle s’arrête effrayée, et reconnaît mademoiselle Agathe.
—Ah! ma chère demoiselle, s’écrie la fille du portier, est-il possible que ce soit vous? Y a-t-il long-temps qu’on vous cherche? Est-ce que vous demeurez toujours dans le quartier? On vous a fait demander dans tous les journaux. Comment vous portez-vous? on vous croyait morte. Mais venez donc nous voir. Dieu! êtes-vous changée!
La présence inattendue de mademoiselle Agathe a frappé Louise de stupeur; à peine si elle répond à toutes ses paroles par quelques monosyllabes. Cependant mademoiselle Agathe l’entraîne vers la porte de leur maison; Louise n’a pas la force de résister.
—Venez donc, venez donc: mon père sera si content de vous voir, mademoiselle Louise!
Et du seuil de la porte, qu’elle referme précipitamment derrière elles, mademoiselle Agathe crie:—Papa, voici mamselle Louise!
Elles entrèrent dans la loge. Le vieux Lamarre, sa femme et sa fille accablaient de mille questions Louise, qui se sentait mal et qui n’osait se plaindre, quoique sa tête eût des vertiges et que le cœur lui manquât.
—Votre chère maman, dit le vieux Lamarre, avons-nous été surpris de sa mort, la pauvre dame! et vous, ma chère demoiselle, que l’on attendait toujours!.. Mais c’est égal, on a mis les scellés, et il paraît que le gouvernement a fini par trouver des personnes de votre famille... Vous sentez bien, quand il s’agit d’hériter, ce ne serait que d’une robe, on ne manque pas de parens... Est-ce que vous avez des parens à Bordeaux?...
—Oui, oui, un oncle, dit Louise d’une voix faible. Mais, excusez-moi, je ne sais ce que j’éprouve.... c’est la première fois de ma vie que je sens un pareil malaise...
—Oh! ce n’est rien, c’est le saisissement de vous retrouver ici.
—Agathe, offre donc un verre de quelque chose à mademoiselle; ça lui remettra le cœur.