—Vous viendrez nous voir quelquefois, n’est-ce pas, madame? dit le père Lamarre.

Louise, sans avoir l’intention de tenir sa promesse, l’assura qu’elle viendrait de temps en temps. Les Lamarre lui souhaitèrent une bonne santé, et le fiacre l’emporta vers la rue du Colombier.

Dans le trajet, Louise demanda à madame Lefebvre quel hasard l’avait conduite précisément rue Bourbon-Villeneuve.

La Lefebvre expliqua ce hasard comme elle put, en disant qu’elle avait eu un certain pressentiment de trouver madame plutôt dans la rue Bourbon-Villeneuve que dans toute autre rue; que d’ailleurs, elle Lefebvre, elle pensait que madame, ayant demeuré dans cette maison et n’y étant pas revenue depuis la mort de sa mère, madame devait naturellement y faire une visite le premier jour où elle sortait seule; que telles étaient les raisons qui avaient dirigé ses recherches lorsqu’il s’était agi de retrouver madame.

Le vrai de tout cela, c’est que madame Lefebvre, reconnaissant la maison où Louise venait d’entrer pour être l’ancienne demeure de madame Drouart, craignit un instant que Louise n’eût le projet de s’y cacher aux yeux de Gustave: voilà pourquoi, tout inquiète, elle l’avait suivie jusque dans cette maison, avec l’espoir d’obtenir du portier des renseignemens plus exacts. Au reste, ce fut un grand bonheur pour Louise que madame Lefebvre entrât dans la loge avant que le portier pût dire à la fille de quelle façon était morte la mère, car Louise eût été frappée de mort elle-même par cette nouvelle.

Le fiacre s’arrêta vers cette partie de la rue du Colombier qui touche presque à la rue Saint-Benoît.

En sautant de voiture, Louise aperçut de la lumière aux fenêtres de son petit appartement. On l’attendait sans doute. Sans songer même à payer la course du fiacre, oubli que madame Lefebvre dut réparer, elle franchit rapidement la distance qui la séparait de Gustave. Elle le voyait chagrin, malade peut-être par suite de son absence inaccoutumée; elle se le représentait en proie au plus violent désespoir; car n’était-ce pas ainsi que madame Lefebvre lui avait montré Gustave lorsqu’elle la vint trouver dans la loge du portier Lamarre?

Combien alors le quitter était loin de la pensée de Louise! Si, pour une absence d’une heure ou deux, se disait-elle, il s’afflige et se désespère, quelle serait donc sa douleur si je l’abandonnais pour toujours! Oh! non, je ne le quitterai jamais.

Elle pleurait tout à la fois de tristesse et de bonheur, à cette pensée que son amant était triste à cause d’elle.

Comme elle entrait précipitamment et les yeux en larmes, un bruit de musique, un accord de voix et de piano la frappa de surprise. L’air était dansant, gai; c’était un air de valse.